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Google déclaré monopoleur : ce que la décision pourrait changer

Le 5 août, le juge Amit Mehta a rendu sa décision dans l'affaire opposant le département de la Justice américain à Google : l'entreprise détient un monopole sur la recherche en ligne et l'a maintenu illégalement. Les remèdes restent à déterminer, et c'est là que tout se jouera.

Publié le  Mis à jour le 
Marché 6 min de lecture

En quelques mots

  • Le juge Amit Mehta déclare le 5 août 2024 que Google détient un monopole illégalement maintenu sur la recherche.
  • Le raisonnement porte sur les accords de placement par défaut, notamment avec Apple.
  • Trois scénarios de remède, du plus probable au plus lointain : encadrement des accords, partage de données, démantèlement.
  • La procédure produit des documents publics exploitables sur le fonctionnement du moteur.

Ce que la décision établit

Le raisonnement porte sur les accords de placement par défaut. Google verse des sommes considérables, notamment à Apple, pour être le moteur par défaut sur les navigateurs et les appareils.

Le juge conclut que ces accords verrouillent les points d'entrée les plus importants et privent les concurrents du volume de requêtes nécessaire pour améliorer leur propre moteur. C'est un cercle : moins de requêtes, moins de données, moins de qualité, donc moins de requêtes.

La décision porte sur la responsabilité, pas sur la sanction. La phase des remèdes viendra ensuite, et il faut s'attendre à des appels qui étireront la procédure sur plusieurs années.

Les scénarios, et leurs conséquences très inégales

Le premier scénario consiste à interdire ou encadrer les accords d'exclusivité. C'est le plus probable et le moins bouleversant : des écrans de choix apparaîtraient au premier lancement, comme cela existe déjà en Europe.

L'effet serait réel mais limité. L'expérience européenne montre que la majorité des utilisateurs conservent le moteur qu'ils connaissent, même quand on leur propose explicitement autre chose.

Le deuxième scénario, plus lourd, consisterait à imposer un partage des données de recherche avec les concurrents. Ce serait beaucoup plus déstabilisant, puisque cela s'attaquerait à l'avantage réel de Google, qui n'est pas son algorithme mais le volume de comportements qu'il observe.

Le troisième, un démantèlement séparant la recherche de la publicité ou d'Android, est régulièrement évoqué. Je le crois peu probable, et surtout très lointain.

Bon à savoir

L'expérience européenne des écrans de choix montre que la majorité des utilisateurs conservent le moteur qu'ils connaissent, même quand une alternative leur est explicitement proposée.

Pourquoi cela concerne votre travail dès maintenant

On pourrait considérer que cette procédure est une affaire de juristes américains sans effet pratique. Je ne le crois pas, pour deux raisons.

La première est que la procédure produit des documents. Le procès a déjà mis au jour des éléments sur le fonctionnement interne du moteur, en particulier sur l'usage des signaux de comportement, qui rejoignent ce que la fuite de l'API avait révélé quelques mois plus tôt. Ces pièces sont publiques et exploitables.

La seconde est que toute redistribution, même partielle, des points d'entrée modifie l'équilibre. Si une part des utilisateurs bascule vers d'autres moteurs, la diversification de votre visibilité cesse d'être un exercice théorique.

Ce que je conseille malgré l'incertitude

Ne fondez aucune décision sur l'issue de cette procédure, personne n'en connaît le résultat ni le calendrier.

En revanche, la question qu'elle pose reste valable quoi qu'il arrive : quelle part de votre acquisition dépend d'un acteur unique, et que se passe-t-il si cet acteur change ses règles ? Cette question ne dépend pas d'un tribunal.

Une remarque pour finir, parce qu'elle me paraît sous-estimée. Le paradoxe de cette décision, c'est qu'elle arrive au moment précis où la menace sur Google ne vient plus de Bing ou de DuckDuckGo, mais des assistants conversationnels. Le régulateur combat un monopole que la technologie est peut-être déjà en train d'éroder par ailleurs.

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